21 mars 2024

The Smile, Declan McKenna et The Last Dinner Party mettent la barre haute

The Smile - "Wall Of Eyes"

Mais que va t-il rester à Radiohead ? On est en droit de se poser la question à l'écoute de l'excellent nouvel album de The Smile emmené par Thom Yorke et Jonny Greenwood, les deux têtes pensantes du groupe d'Oxford.
Cet opus est en effet tout à fait dans la veine des derniers albums de Radiohead, un savant mélange entre pop, rock, électro, très travaillé, très arrangé, très cérébral, guidé par le chant mélancolique et habité de Thom Yorke.
Certains reprochent aux albums de The Smile, mais également aux albums solos de Thom Yorke, d'être beaux, innovants mais de manquer de ce petit truc en plus qui donne envie de s'y replonger des années après.
Pourtant force est de constater que "The Wall Of Eyes" possède non seulement cette originalité (avec des riffs hypnotiques comme "Friend Of A Friend"), cette beauté (ah la douceur de "I Quit"...), ce souffle rock ("Read The Room") mais également des petits chefs d’œuvre comme "Bending Hectic" qui combine toutes ces qualités avec une guitare distordue, une voix magnifique et une fin ultra saturée.
Un disque exigeant comme la plupart des derniers projets autour de Thom Yorke mais dans lequel il ne faut pas hésiter à plonger.
 
 
 
Declan McKenna - "What Happened To The Beach?"

Le petit prodige anglais nous avait régalé en 2020 avec "Zeros", un album qui sonnait très années 60-70.
Pour son retour, Declan McKenna prend des risques, mélange les genres, les époques et les influences pour créer un univers musical bien à lui.
Autour d'arrangements plus complexes, bruitages, instruments s’enchaînent mêlant guitares, pianos, cuivres, effets sur les voix, donnant l'impression qu'il n'y a pas deux mesures identiques tout en mettant en avant l'aspect mélodique de ses chansons.
Malgré ces grandes ambitions, "What Happened To The Beach" reste frais et léger aidé en cela par d'excellents morceaux comme "Elevator Hum", "Mulholland's Dinner And Wine" et "Nothing Works" et des interludes qui ponctuent régulièrement l'album (les "Mystery Planet").



The Last Dinner Party - "Prelude To Ecstasy"


Le single "Nothing Matters" a été la grosse sensation musicale de l'autre côté de la Manche en 2023. Le quintet féminin The Last Dinner Party a conquis le public et les critiques avec ce parfait single pop un brin provocateur.
Leur premier album "Prelude To Ecstasy" vient de sortir et a immédiatement pris la tête des charts en Angleterre.
Un succès bien mérité pour ce groupe au style très 80's qui fait parfois penser (voix féminines obligent) à Kate Bush ou Siouxsie And The Banshees ("Burn Alive"). Avec ses harmonies très présentes et ses longs solos de guitare, les tubes  s'enchaînent dans une ambiance un peu glam ("Sinner", "My Lady Of Mercy", "The Feminine Urge") entrecoupées de ballades très réussies ("On Your Side" petit bijou mélancolique avec une fin instrumentale très aérienne, ou la très jolie coda de "Portrait of a Dead Girl").
 



Paul McCartney - "Got Back Tour Sydney Day One & Two"

Aïe aïe aïe, comme on peut regretter que la tournée européenne de Sir Paul McCartney ait été annulée en 2020, crise du COVID oblige. Cette année-là, sortait McCartney III et malgré quelques chevrotements, sa voix tenait encore bien la route (mais bon il y avait peut-être eu des retouches réalisées en post-production). Alors que sur ces enregistrements live, on découvre une voix de vieillard, à la peine dans les aigus, et parfois à la limite de l'essoufflement.
Oh que ça fait de la peine à attendre... Heureusement qu'il y a de nombreux chœurs pour le soutenir sinon le résultat serait encore plus triste.
Avec une quarantaine de morceaux joués chaque soir, McCartney régale
malgré tout son public et la performance scénique reste extraordinaire pour l'ex-Beatles qui aura 82 ans cette année.
Première chose à faire après avoir écouté ce live : se ruer sur les albums studios pour se rassurer en réécoutant la voix intemporelle de Paul.
 

 

10 févr. 2024

Du rock au programme avec Sprints, Bar Italia, Peter Gabriel et les inusables King Gizzard

Sprints - "Letter To Self"

Amoureux du rock, vous voilà rassurés, il est toujours là et bien vivant, il n'y a qu'à voir le nombre de groupes post-punk qui émergent régulièrement de l'autre côté de la manche.
Les jeunes irlandais de Sprints, menés par la chanteuse et compositrice Karla Chubb, viennent nous le prouver une nouvelle fois avec un album explosif. 
Le plan est souvent le même : couplets un peu parlés sur un riff de guitare palm- muté avec une section rythmique assez soft, un prérefrain qui fait doucement monter la tension puis un refrain où batterie et guitares explosent sur un riff différent. 
Classique soit, mais quelle efficacité, quel chant, quelle énergie ! Ca déménage souvent, ça hurle parfois, ça fait du bien tout le temps. 
Attention, on n'est pas dans le bourrin incontrôlable, plus dans le lâcher prise maîtrisé et thérapeutique, 
Il y a des chansons mantriques ("Heavy", "Ticking"), mais aussi des choses plus mélodiques ("The Shadow Of A Doubt") ou mélancoliques ("Shaking Their Hands") 
Un coup de cœur assurément.
 

Peter Gabriel - "i/o"
 
Après plus de 20 ans d'une gestation interminable, maintes fois annoncé maintes fois repoussé, Peter Gabriel sort enfin son dixième album "i/o".
Le disque s'ouvre sur "Panopticom" et, dès les premières secondes d'écoute, un effet "madeleine de Proust" s'installe instantanément : ce son, cette voix... Voilà qui nous replonge à la fin des années 80. Le prog-rock luxueux de Peter Gabriel n'a pas pris une ride et on est heureux de constater que les fidèles Manu Katche et Brian Eno sont toujours de la partie. 
"i/o" est un album généreux et intemporel donc qui plaira aux fans ravis de retrouver cette production parfaite et cette voix intacte malgré ses 73 ans notamment sur les émouvants "Playing For Time" et "Four Kinds Of Horses".
D'autant plus généreux que Peter Gabriel propose deux versions de chaque morceau : une version "Bright Side" et une version "Dark Side". Les différences entre les deux sont très subtiles, il ne faut pas s'attendre à une ambiance malaisante sur les versions "Dark" : réverbe, équalisation vont être poussés différemment mais les arrangements sont identiques même si certains instruments vont être mis plus ou moins en avant selon le mix.
Un album de retrouvailles parfait : les excellents "i/o" et "Panopticom" ainsi que le très original "The Court" nous font regretter la lenteur de production de cette légende du rock.
 


King Gizzard And The Lizard Wizard - "The Silver Cord"
 
Le groupe australien King Gizzard (pour faire court) marche au défi ou au concept.
Depuis 13 ans et 25 albums studio (le record étant pour l'instant de 5 albums en 2017 et en 2022), le groupe explore le rock psychédélique avec comme credo de ne pas se donner de limite dans la créativité et dans le style, n'hésitant pas à faire le grand écart entre folk acoustique, musique orientale et rock pur et dur. 
Pour ce nouvel album, ce sont les synthés qui sont à l'honneur et le résultat est à la hauteur de leur démesure, ce type d'instruments leur permettant d'explorer les sonorités les plus étranges.
Mais King Gizzard étant avant tout un groupe d'entertainers, il se fait plaisir mais aime surtout donner du plaisir. Chaque morceau est donc l'occasion d'une euphorie calculée qui ne bascule jamais dans l'avant-garde contemplative. 
Dans ce nouvel opus, synthés et vocoder ("The Silver Cord") prédominent donc et, avec ses beats electros, on est même parfois très proche de la musique qui se danse façon techno ("Gilgamesh", "Set").
Cerise sur le gâteau, chaque morceau est présenté dans une version complète et une version courte. Chacun y trouvera donc son compte. Les adeptes du groupe préféreront les versions longues (plus structurées avec des phases musicales bien distinctes) et les néophytes pourront eux découvrir l'album avec les versions tronquées. 
Encore un concept parfaitement maîtrisé !
 




Bar Italia - "The Twits"

C'est le groupe de rock indé qui a fait sensation l'an dernier. Le jeune trio londonien a sorti deux albums en 2023 dont l'acclamé "The Twits".  
Articulé autour de guitares au son assez brut, musicalement l'album est du rock assez classique, tout à fait typique des productions de la fin des années 90's.
Mais c'est son duo de chanteurs, homme et femme, aux voix traînantes et un peu atones qui donnent vraiment l'identité au groupe.
Parmi les morceaux qui sortent du lot, citons "Worlds Greatest Emoter", avec ses faux airs de chanson des Strokes, le radioheadesque "Real House Wibes (Desperate House Vibes)" et l'accrocheur "My Little Pony". 



12 janv. 2024

Blonde Redhead, Ghostwoman, Blur et Kurt Vile... pour bien démarrer 2024 en musique

Blonde Redhead - "Sit Down For Dinner"
 
Plus de 30 années d'existence déjà mais le trio de shoegaze américain s'était fait discret ces derniers temps. 
Pour son retour, "Sit Down For Dinner" est un album unique difficile à classer. 
Oscillant entre pop 70's ("kiss Her Kiss Her"), folk ("Not For Me") et électro 90's ("Melody Experiment"), le seul dénominateur commun étant cette sensation agréable de se trouver enveloppé dans un cocon musical. Quelque chose de très subjectif finalement. 
Ethéré mais sans abuser des effets, les morceaux s'enchaînent dans cette ambiance douce et parfois un peu étrange (le morceau "Sit Down For Dinner") où voix masculine et féminine alternent. 
Un album captivant !
 

 

Ghost Woman - "Hindsight is 50/50"
 
Le groupe canadien Ghost Woman, derrière lequel se cache le multi-instrumentiste Evan Uschenko, publie son troisième album en moins de deux ans. Rien que ça.
Et avec "Hindsight is 50/50", il compte bien s'implanter durablement dans le paysage rock psychédélique. 
Avec ses guitares rugueuses et noisy ("Highly Unlikely"), son chant clamé et réverbéré (l'impeccable "Alright Alright"), et ses mélodies hypnotiques ("Along Pt2"), on est pile dans le thème en tout cas ! 
Un album qui trouve son style dans l'équilibre entre garage moderne et psyché rétro.
 
 
 

Blur - "The Ballad Of Darren"
 
On n'en avait pas parlé sur ce blog mais Blur (dont on passera ici les présentations) a sorti un excellent album l'été dernier. 
"The Ballad Of Darren" est un concentré de tout ce qu'on aime dans ce groupe : la classe des arrangements ("The Ballad"), les riffs rocks accrocheurs ("St. Charles Square"), l'inventivité ("Avalon"), le travail sur les chœurs ("The Narcissist"), les mélodies imparables ("Barbaric"), l'émotion ("Russian Strings"), cette voix de crooner pleine de nuances ("The Swan")... 
... et bien souvent le tout réuni dans une seule chanson.
 
 
 

Kurt Vile - "Back To Moon Beach"
 
Membre fondateur de The War On Drugs, Kurt Vile a quitté le groupe en 2008 pour se lancer dans une carrière solo. 
"Back to Moon Beach" est son 10ème album qu'il présente lui-même comme un recueil de chansons d'origines temporelles très diverses. 
Pourtant, avec ses guitares folk country ("Touched Somethin (Caugh A Virus)"), sa voix traînante ("Tom Petty’s Gone (But Tell Him I Asked For Him)") et ses petites touches psychédéliques (le morceau de 8 mn "Back To Moon Beach"), l'ensemble s'avère d'une cohérence indéniable.
Le chanteur s'offre même le plaisir de reprendre un titre de Dylan ("Must Be Santa") dans une version complètement revisitée en duo, avec synthé et boîte à rythme.