Syd Matters - "A Gospel Of Some Sort"
Seize ans ! Cela faisait seize ans que Syd Matters n'avait pas sorti de nouvel album.
Et que ça fait du bien de retrouver cette voix éraillée et cet univers folk mélancolique.
Le disque est riche et délicatement produit, multipliant chœurs et synthés discrets derrière des guitares acoustiques au son chaleureux. Quelques nouveautés sont néanmoins à relever comme notamment des passages en voix de tête assez inhabituels pour le chanteur ("In The Darkness", "The Devil") et même quelques petites touches parfaitement dosées d'autotune (comme quoi c'est possible, nouveau clin d'œil aux Strokes).
Si l'atmosphère est immédiatement envoûtante, l'album est exigeant et il faut plusieurs écoutes pour en apprécier véritablement la saveur.
Au final, "A Gospel OF Some Sort" est un projet beau et intellectualisé porté par de belles ballades ("Choking On Anger", "Many Years In The Making") et des morceaux hypnotiques ("Ténèbres").
Tahiti 80 - "Rejoice (An Inventory of Pop Maps)"
C'est l'album qu'on n'attendait vraiment pas. Cela fait trente ans que Tahiti 80 navigue dans le paysage musical avec une certaine aura due à sa réputation de groupe de scène cool et une renommée internationale étonnante (au Japon et aux Etats-Unis notamment).
Si la bonne image de Tahiti 80 est indiscutable, aucun album n'avait vraiment marqué le grand public. Mais "Rejoice (An Inventory of Pop Maps)" pourrait changer la donne.
Fidèles à eux-mêmes, ce onzième album est un concentré de musique ensoleillée avec de nombreux tubes en puissance. Comme le suggère le titre, le disque est un concept de compilation pop dans des styles variés : rock 90's avec le morceau d'ouverture "Made Up", électro ("Setting Myself Free"), jazzy ("So Long Sly"), pop ("All I Need Is A Rock"), et même disco avec l'irrésistible "Baby Steps".
Ca groove, c'est bien produit, "Rejoice" est un album qui n'a pas plus de prétention que celle de nous faire passer un bon moment.
Girls In Hawaii - "Eldorado"
Ce mois est décidément celui des grands retours francophones puisqu'après les français de Syd Matters et Tahiti 80, voici les belges de Girls In Hawaii, neuf ans après "Nocturne" et treize après ce petit bijou qu'était "Everest".
Et c'est aussi celui des retours réussis car ce nouvel opus, à l'instar de ses prédécesseurs, est de qualité.
Au milieu d'une atmosphère feutrée, on sent le groupe soucieux de chaque détails et désireux d'apporter aux auditeurs des arrangements originaux et soignés : "Angles" avec ses étonnantes ponctuations de basses au tuba (?), "Not Your Fault", morceau acoustique avec un joli solo de synthé, ou "Drifting In The Summer Rain" et son riff répétitif et entrainant à la guitare.
A cela s'ajoute le timbre très particulier du chanteur appuyé par des effets sur la voix discrets mais qui la mettent bien en valeur.
Vous l'aurez compris, on aime beaucoup ce nouvel album.
The Beatles - "Rubber Soul (Remix 2026)"
C'est le petit cadeau de 2026 pour les aficionados des Beatles. En effet, depuis une dizaine d'années, il ne se passe pas un Noël sans que les fans aient un disque des Fab Four à mettre au pied du sapin.
Après "Sgt Pepper", l'album blanc, "Abbey Road", "Let It Be" et "Revolver", on continue la discographie du groupe à rebrousse-poil avec l'album "Rubber Soul" sorti en 1965.
Dans ce coffret, outre la version Mono et la version Stéréo américaine (qui comprend de grandes différences avec la version anglaise, que ce soit dans le track-listing mais également dans les arrangements de certains morceaux), c'est bien évidemment la version remixée par Giles Martin qui attire toute l'attention tant la revisite des albums précédemment cités avait été bien accueillie, à juste titre d'ailleurs.
Pour resituer dans le contexte, les versions stéréo originales des chansons des Beatles étaient assez rudimentaires, notamment à cause des contraintes d'enregistrement sur uniquement quatre pistes, aboutissant par exemple à des morceaux présentant la batterie sur le canal de droite et le chant à gauche. Donc bien loin des standards actuels.
Le nouveau mix permet donc de régler ce genre de non-sens et d'apporter un peu plus de dynamique, de présence et de clarté à des morceaux déjà très bien produits à l'origine. Cela permet d'apprécier encore mieux le travail incroyable sur les harmonies vocales ("Nowhere Man", "You Won't See Me", "The Word") et les petites trouvailles innovantes pour l'époque (basse saturée de "Think For Yourself", sitar sur "Norwegian Wood (This Bird Has Flown)", le piano accéléré de "In My Life" et l'ambiance rétro de "Michelle").
Côté inédits, pas grand chose à se mettre sous la dent à part une version en cours de travail de "Day Tripper" et une démo de John Lennon nommée "Little Girl", jusqu'ici jamais publiée dans leur catalogue.
Un coffret à réserver aux fans et à ceux qui ne connaîtraient pas "Rubber Soul", un des meilleurs albums des Beatles.