26 oct. 2026

Syd Matters, Girls In Hawaii, Tahiti 80 : les groupes francophones sont au top

Syd Matters - "A Gospel Of Some Sort"

Seize ans ! Cela faisait seize ans que Syd Matters n'avait pas sorti de nouvel album.
Et que ça fait du bien de retrouver cette voix éraillée et cet univers folk mélancolique.
Le disque est riche et délicatement produit, multipliant chœurs et synthés discrets derrière des guitares acoustiques au son chaleureux. Quelques nouveautés sont néanmoins à relever comme notamment des passages en voix de tête assez inhabituels pour le chanteur ("In The Darkness", "The Devil") et même quelques petites touches parfaitement dosées d'autotune (comme quoi c'est possible, nouveau clin d'œil aux Strokes).
Si l'atmosphère est immédiatement envoûtante, l'album est exigeant et il faut plusieurs écoutes pour en apprécier véritablement la saveur.
Au final, "A Gospel OF Some Sort" est un projet beau et intellectualisé porté par de belles ballades ("Choking On Anger", "Many Years In The Making") et des morceaux hypnotiques ("Ténèbres").  


  
Tahiti 80 - "Rejoice (An Inventory of Pop Maps)"

C'est l'album qu'on n'attendait vraiment pas. Cela fait trente ans que Tahiti 80 navigue dans le paysage musical avec une certaine aura due à sa réputation de groupe de scène cool et une renommée internationale étonnante (au Japon et aux Etats-Unis notamment).
Si la bonne image de Tahiti 80 est indiscutable, aucun album n'avait vraiment marqué le grand public. Mais "Rejoice (An Inventory of Pop Maps)" pourrait changer la donne.
Fidèles à eux-mêmes, ce onzième album est un concentré de musique ensoleillée avec de nombreux tubes en puissance. Comme le suggère le titre, le disque est un concept de compilation pop dans des styles variés : rock 90's avec le morceau d'ouverture "Made Up", électro ("Setting Myself Free"), jazzy ("So Long Sly"), pop ("All I Need Is A Rock"), et même disco avec l'irrésistible "Baby Steps".
Ca groove, c'est bien produit, "Rejoice" est un album qui n'a pas plus de prétention que celle de nous faire passer un bon moment.



Girls In Hawaii - "Eldorado"

Ce mois est décidément celui des grands retours francophones puisqu'après les français de Syd Matters et Tahiti 80, voici les belges de Girls In Hawaii, neuf ans après "Nocturne" et treize après ce petit bijou qu'était "Everest".
Et c'est aussi celui des retours réussis car ce nouvel opus, à l'instar de ses prédécesseurs, est de qualité.
Au milieu d'une atmosphère feutrée, on sent le groupe soucieux de chaque détails et désireux d'apporter aux auditeurs des arrangements originaux et soignés : "Angles" avec ses étonnantes ponctuations de basses au tuba (?), "Not Your Fault", morceau acoustique avec un joli solo de synthé, ou "Drifting In The Summer Rain" et son riff répétitif et entrainant à la guitare.
A cela s'ajoute le timbre très particulier du chanteur appuyé par des effets sur la voix discrets mais qui la mettent bien en valeur.
Vous l'aurez compris, on aime beaucoup ce nouvel album.


The Beatles - "Rubber Soul (Remix 2026)"


C'est le petit cadeau de 2026 pour les aficionados des Beatles. En effet, depuis une dizaine d'années, il ne se passe pas un Noël sans que les fans aient un disque des Fab Four à mettre au pied du sapin.
Après "Sgt Pepper", l'album blanc, "Abbey Road", "Let It Be" et "Revolver", on continue la discographie du groupe à rebrousse-poil avec l'album "Rubber Soul" sorti en 1965.
Dans ce coffret, outre la version Mono et la version Stéréo américaine (qui comprend de grandes différences avec la version anglaise, que ce soit dans le track-listing mais également dans les arrangements de certains morceaux), c'est bien évidemment la version remixée par Giles Martin qui attire toute l'attention tant la revisite des albums précédemment cités avait été bien accueillie, à juste titre d'ailleurs.
Pour resituer dans le contexte, les versions stéréo originales des chansons des Beatles étaient assez rudimentaires, notamment à cause des contraintes d'enregistrement sur uniquement quatre pistes, aboutissant par exemple à des morceaux présentant la batterie sur le canal de droite et le chant à gauche. Donc bien loin des standards actuels.
Le nouveau mix permet donc de régler ce genre de non-sens et d'apporter un peu plus de dynamique, de présence et de clarté à des morceaux déjà très bien produits à l'origine. Cela permet d'apprécier encore mieux le travail incroyable sur les harmonies vocales ("Nowhere Man", "You Won't See Me", "The Word") et les petites trouvailles innovantes pour l'époque (basse saturée de "Think For Yourself", sitar sur "Norwegian Wood (This Bird Has Flown)", le piano accéléré de "In My Life" et l'ambiance rétro de "Michelle").
Côté inédits, pas grand chose à se mettre sous la dent à part une version en cours de travail de "Day Tripper" et une démo de John Lennon nommée "Little Girl", jusqu'ici jamais publiée dans leur catalogue.
Un coffret à réserver aux fans et à ceux qui ne connaîtraient pas "Rubber Soul", un des meilleurs albums des Beatles.


 

27 sept. 2026

Kasabian, Weezer, Man/Woman/Chainsaw, Angus & Julia Stone : du rock dans tous ses états

Kasabian - "Act III"

C'est la bonne surprise de la rentrée, Kasabian revient avec un très bon album !
Depuis le départ de leur chanteur Tom Meighan en 2020, les derniers disques du groupe étaient assez inégaux malgré quelques fulgurances qui laissaient planer l'espoir de meilleurs jours.
Dans "Act III", Serge Pizzorno reste fidèle au style du groupe, mélangeant rock et électro, et  met plus que jamais les guitares en avant ("Soulmate") tout en variant les styles avec des passages psyché (les ruptures piano de "Hippie Sunshine"), hip-hop ("Superpowers") et pop "Silver Apple Eyes". "Glide" est peut-être le meilleur morceau de l'album avec ses breaks de batterie dynamiques, ses synthés et sa ritournelle au piano.
Ca faisait longtemps que Kasabian n'avait pas été aussi créatif et, comme Pizzorno connaît sur le bout des doigts la recette de la mélodie et de l'arrangement qui font mouche, "Act III" s'avère être un disque sur lequel on revient une fois la lecture terminée.



Man/Woman/Chainsaw - "Cannonball"

Voici un groupe tout frais tout neuf puisque Man/Woman/Chainsaw s'est formé en 2019 et "Cannonball" est leur tout premier album.
Outre d'excellentes compositions rock, ce qui fait la particularité de ces jeunes londoniens c'est l'omniprésence du violon tout au long du disque. Attention, pas du style fond de mix avec orchestre à cordes, mais plutôt solo de violon, un peu torturé, bien en avant.
L'exercice est périlleux mais parfaitement maîtrisé grâce à une production impeccable qui sait aérer les morceaux et les faire monter en puissance à l'image de "Canyons" et "Goddamn, Lizzard Man!".
Le très bon travail sur les harmonies vocales fille-garçon ("Nosedive") est également à souligner tant il apporte au charme et à la puissance de ce premier album qui est décidément un formidable coup d'essai.


Weezer - "Weezer"

Encore un album de Weezer qui s'appelle "Weezer". C'est le septième ! Après le blue, le green, le red, le white, le teal, le black, voici "The Gold Album" (référence à sa pochette dorée).
Alors quoi de neuf avec ce seizième album. Et bien pas grand chose... C'est du Weezer classic, avec des arrangements rock US typiques. Mais est-ce vraiment grave ?
Après plus de trente ans de carrière, les américains sont toujours aussi inspirés. 
Leur style et leur énergie sont également intacts et on se laisse transporter par le plaisir communicatif de "Say Yes", "We Might Ass Well Be Strangers" ou "Don't Wake It Weird".


Angus & Julia Stone - "Karaoke Bar"


On en a parlé il y a quelques semaines sur ce blog et voilà justement que les frère et sœur australiens sortent un nouvel album. Fondamentalement, la formule n'a pas beaucoup changé et on se délecte toujours de leurs voix mélangées, de leur nonchalance et de l'atmosphère décontractée de ce nouveau disque. 
Mais il y a quand même quelques surprises. D'abord les arrangements sont un peu moins acoustiques et quelques synthés prennent même le leadership sur certains morceaux ("Celestial Bodies"). La voix de Angus est également plus mise en avant que sur leurs albums précédents ("Karaoke Bar", le morceau d'ouverture, en est un bon exemple) et le duo se permet même quelques touches de vocoder et d'autotune ("Brightest Place") dosées avec parcimonie (comme quoi c'est possible, n'est-ce pas les Strokes).
Ce n'est pas la révolution mais Angus & Julia Stone nous offrent une nouvelle fois un disque très agréable.











29 août 2026

Pond et Temples mènent le rock psychédélique au sommet

Pond - "Terrestrials"

C'est déjà le onzième album de Pond et c'est surtout un des gros coups de cœur de cette année !!
La production est assez différente de leurs opus précédents avec des boîtes à rythme et des arrangements aux sonorités très années 80.
Les arrangements sont riches sans être surchargés, évitant la grandiloquence qui a pu être reprochée parfois au groupe. Et enfin… C'est du super rock avec des guitares omniprésentes ! 
L'album démarre en fanfare avec deux titres au rythme efficace et aux mélodies imparables "Skyworks" et "Casuarina". Vient ensuite "Through The Heather", un des sommets du disque avec sa ritournelle au synthé totalement hypnotique puis "Two Hands" qu'on croirait presque sorti d'un disque de Midnight Oil (d'autres australiens, tiens). Un début vraiment épique et une fin qui n'est pas en reste.
"Terrestrials" vraiment ? Non de vrais extra-terrestres !



Temples - "Bliss"

Dans le même style que Pond, voici un groupe qui lui au contraire continue de faire dans la démesure.
Treize ans après leur premier album, "Sun Structures", qui fleurait bon les années 60, "Bliss" empile aussi bien les couches de guitares que de synthés dans une production plus moderne.
Y a du bon et du très bon au programme : du mélodique "Jet Stream Heart" au percutant "Megalith" en passant par l'électro "Vendetta", le groupe met le paquet côté arrangements (chœurs grégoriens, boîtes à rythme, gros riffs au synthés, voix bourrée d'effets) et multiplie les ruptures de rythme pour rendre le tout bien digeste. Un défi de super production audacieuse dont le groupe se sort haut la main.



Kurt Vile - "Philadelphia's been good to me"

Kurt Vile sort cette année son dixième album sous la forme d'un hommage à sa ville natale, Philadelphie. Pour le songwriter américain, membre fondateur de The War On Drugs, c'est ici l'occasion de raconter sa ville mais également sa vie familiale. De sa voix nonchalante, les chansons oscillent entre pop et blues rock dans une pure veine indé avec une approche paradoxalement désincarnée alors qu'elle touche à son univers personnel. De ce disque où l'ambiance prime sur la mélodie, on retiendra le très bon riff de "Rock o'Stone" mais surtout le morceau le plus sympathique de l'album "Chance To Bleed".



The Strokes - "Reality Awaits"

The Strokes c'est un groupe qu'on adore. Les sauveurs du rock des années 2000 produisent depuis plus de vingt ans des albums qui ont toujours su évoluer musicalement tout en conservant leur patte et leur dynamisme originels.
Alors pourquoi, pourquoi ce choix artistique sur "Reality Awaits" ? Pourquoi noyer la voix dans l'autotune ? Qu'est-ce que ça apporte aux morceaux ? On cherche toujours la réponse. Passé cette déception, après plusieurs écoutes, une deuxième pointe son nez : pas grand chose d'enthousiasmant à se mettre sous la dent. Un album à vite oublier.