17 sept. 2023

Miles Kane, The Waeve, Daho et Yves Tumor : le rock et l'électro font leur rentrée

Miles Kane - "One Man Band"

En parallèle d'une déjà très riche carrière en groupe, notamment avec The Last Shadows Puppets (ou son groupe de reprises monté avec Matthew Bellamy, le Dr. Pepper's Jaded Hearts Club Band), Miles Kane mène une prolifique discographie solo. 
Après un album très soft en 2022, Miles Kane revient cette année au rock pur et dur. Le combo guitare basse batterie est à l'honneur et le début de l'album nous apporte son lot de moments héroïques comme "Never Taking Me Alive", que Kasabian n'aurait pas renié, ou "The Best Is Yet To Come", Supergrass comme jamais.
Une entrée en fanfare donc et le reste de l'album continue ainsi au milieu d'influences rétro 60's et 70's chères au chanteur britannique qui peut en plus toujours compter sur son sens inné de la mélodie qui fait mouche.
 

 


The Waeve - "The Waeve"

Avant d'être un duo, The Waeve est avant tout un couple. Graham Coxon (guitariste de Blur) et Rose Elinor Dougall (membre du groupe The Pipettes) sont en effet ensemble à la ville (comme on dit). 
Alors qu'on aurait pu s'attendre à de la britpop simple et efficace, leur projet musical s'avère beaucoup plus ambitieux et expérimental. 
Sur des parties calmes au piano où Dougall vient poser sa voix céleste, dans des arrangements vocaux qui rappelleront Jeanne Added à certains, viennent se greffer des parties plus rythmées de Coxon (le premier morceau "Can I Call You" en est le parfait exemple) autour de riff de guitare ou de basse presque psychédéliques ("Sleepwalking", "Drowning"). Le saxophone, assuré par Coxon en personne, est parfait, accompagnant chaleureusement les moments doux et accentuant ceux plus tourmentés ("Kill Me Again"). 
Et que dire des voix si ce n'est qu'elles font des merveilles par leur contraste, entre celle très pure de la chanteuse et celle plus neutre et posée de son alter ego ("Over And Over").
Une alchimie qui donne au disque un charme romantique et torturé.
 

 



Etienne Daho - "Tirer La Nuit Sur Les Etoiles"

Inutile de présenter Etienne Daho, le parrain de la French Pop, artiste à la longévité et la régularité exceptionnelles puisque, depuis le début des années 80, il sort un album tous les 4 ans environ.
Alors que dire de "Tirer sur les étoiles", son 12ème disque ? Et bien, c'est un très bon cru !
La touche "Daho" est toujours intacte, réussissant toujours à faire sonner la langue française comme peu savent le faire. Côté arrangements, les influences des années 70 et de Gainsbourg sont bien là que ce soit dans la mise en avant de la basse que dans les orchestrations pop.  
Après un premier morceau, "Tirer la nuit sur les étoiles", qui est presque le titre le moins intéressant du disque malgré la présence de Vanessa Paradis, dès le deuxième titre les excellents morceaux s'enchaînent le long de mélodies très soignées alternant jolies ballades ("Boyfriend", "Le Phare") et morceaux électro-pop (l'impeccable "Virus X", "Le Chant Des Idoles").





Yves Tumor - Praise A Lord Who Chews But Which Does Not Consume Or Simply, Hot Between Worlds

Yves Tumor est un artiste complètement inclassable et ce 5ème album ne va pas arranger les choses.
Dans un mixage particulièrement riche (sans être foutraque), Yves Tumor parsème ses morceaux de petites touches de rock, d'électro, de soul, de punk, de trip-hop, de psychédélisme, de R'n B...
Bref, l'artiste est en pleine période de créativité intense et en totale liberté.
Les premiers morceaux baignent dans une ambiance électro-rock où les guitares saturées sont très présentes ("God Is A Circle"), son chant rappelant parfois le timbre vocal de Lenny Kravitz ("Meteora Blues").
Le très shoegaze "Heaven Surrounds Us Like A Hood" marque une transition vers une deuxième partie d'album plus expérimentale mais toute aussi intéressante avec des influences allant des Flaming Lips ("Purified By The Fire") à The Weeknd


 

 

21 août 2023

M83, Half Moon Run, RVG : 3 groupes, 3 ambiances

M83 - "Fantasy"

Bientôt 25 ans de carrière pour le groupe français M83 derrière lequel se cache principalement Anthony Gonzales. Ce 9ème album, sobrement appelé "Fantasy" arrive peu de temps après la réédition du mythique "Hurry Up, We're Dreamin" qui avait cartonné en 2011 en récoltant des disques d'or un peu partout dans le monde...

... Et notamment au Royaume-Uni où nous avons eu la chance de les voir en live, dans la célèbre Roundhouse à Londres, en juin dernier ! Un concert qui a malheureusement souffert de gros problèmes de réglages de son pendant une bonne partie du show avec des instruments saturés à la limite du supportable.

Mais retour à l'album "Fantasy" donc.
Première constatation : M83 sait toujours faire du bon M83 et ça c'est cool. Appelez-ça Synth-pop ou Shoe-Gazing, en résumé synthés, musique électro et guitares se mélangent et font monter la sauce le long de morceaux en grande partie instrumentaux. 

Si le groupe fait bien le job, quelques titres viennent magnifier l'album comme "Oceans Niagara", qui lance véritablement la machine, l'aérien "Us And The Rest" et les doux "Radar, Far, Gone" et "Deceiver".





Half Moon Run - "Salt"

Le groupe canadien Half Moon Run fait partie de ces groupes qu'on aime bien suivre. Leurs disques sont toujours bien arrangés, avec un soin qui prouve tout le respect que les musiciens ont pour leurs fans.

Ce nouvel opus ne déroge pas à la règle et on retrouve le son qui les caractérise : cette atmosphère majoritairement acoustique où guitares et chant s'associent pour baigner l'auditeur dans une douce mélancolie.
Le travail sur les voix (effets, chœurs...) est un des points forts du groupe et encore une fois on se trouve bercés par de superbes mélodies comme sur "Everyone's Moving Out East" et "Heartbeat"...

Des morceaux aux fortes influences de Radiohead viennent souvent s'inviter sur leurs albums et, pour "Salt", c'est le morceau d'ouverture "You Can Let Go" et "9beat", qui portent énormément la patte du groupe de Thom Yorke (mais est-ce un mal ??). 
 

 

RVG - " Brain Worms"
 
Avec "Brain Worms", les australiens de RVG signent un album de rock brut. 
Des chansons courtes, un son incisif, des guitares électriques sans effets superflus, de petites touches de synthés... Rien de vraiment révolutionnaire s'il n'y avait les textes et l'interprétation de Romy Vager (qui donne le nom au groupe RVG, Romy Vager Group).
 
Après un calme morceau introductif, "Common Ground", un peu en trompe l’œil, l'album démarre avec "Midnight Sun" et s'enchaîne avec de belles ballades
"It's not easy", " You're The Reason", et des titres au tempo plus relevé ("Nothing Really Changes", "Brain Worms") dans un style rock 80's à la REM ou Siouxsie and The Banshees mais avec un chant aux accents post-punk.
 
"Squid" est le monument de cet album : un morceau qui monte tout doucement autour d'un riff hypnotique et des paroles étranges (la chanteuse se transformant en calmar) où le malaise règne. 
 

 


Michael Jackson - "Thriller (40)"

Si l'album "Thriller" sort à la fin de l'année 1982, c'est véritablement en 1983 (il y a 40 ans, d'où le titre de cette réédition) que le raz-de-marée Michael Jackson va déferler sur la planète avec les sorties des singles "Billie Jean", "Beat It" et "Thriller". A partir de ce moment, le monde de la musique change et il ne se passe plus une fête sans qu'une ou deux personnes essaient héroïquement de faire quelques pas de moonwalk ou de danser en groupe comme des zombies.
 
9 titres, 7 singles (étonnamment le premier single issu de l'album est le très classique duo avec Paul McCartney "The Girl is Mine"), 66 millions d'exemplaires vendus, et un mélange soul, funk, rock pop qui n'a pas pris une ride.
 
Mais tout l'intérêt des albums "anniversaire" réside, on le sait, dans les titres bonus et, à ce niveau, même s'il n'y a rien de véritablement inédit, on est plutôt gâtés : 10 titres travaillés pour l’album mais non retenus alors que certains sont plutôt de bonne facture, ce qui prouve non seulement la créativité du chanteur mais également sa recherche de perfection.
 
Mais c'est l'écoute des démos qui s'avère la plus intéressante : les versions enregistrées à la maison de "Billie Jean", "Beat It" ou "Wanna Be Startin' Somethin'" sont ainsi très proches, dans l'esprit en tout cas, du résultat final. Cela fait relativiser les propos récents de Quincy Jones qui revendique la paternité des idées d'arrangements.
Une réédition parfaite donc pour les fans et les curieux.




25 juil. 2023

The Lemon Twigs et Arlo Parks : de belles voix en perspective

The Lemon Twigs - "Everything Harmony"

Lorsque les Lemon Twigs annoncent un nouvel album, on trépigne d'impatience. Mais quand en plus, on nous dit que cet album est un hommage aux harmonies vocales des années 60 à la Beach Boys, on ne tient plus du tout en place !

Le groupe des frères D'Addario nous a habitué au fil de ses différents albums à une ambiance musicale rétro et une musique pop souvent très barrée. Et c'est toujours le cas dans "Everything Harmony".

Mais, pour ce nouvel opus, le groupe se pose un peu plus en mêlant toujours avec plaisir mélodies complexes et structures musicales alambiquées.

Alternant morceaux mélancoliques ("Everyday Is The Worst Day Of My Life") et morceaux pop euphoriques ("In my head"), ce sont bien les harmonies vocales qui sont à l'honneur... et quel travail sur les voix ! Chœurs, canons, unisson, harmonies à 2,3,4 voix... Ca caresse notre oreille en nous évoquant Simon & Garfunkel ou Crosby, Stills, Nash & Young.

Le groupe se fait plaisir et nous fait plaisir, "Everything Harmony" a tout du feel-good album comme on les aime.

Si tout est bon, on retiendra particulièrement "I Don't Belong To Me" et ses splendides arrangements de cuivre, le doux et totalement folk "Corner Of My Eye" et "Everyday Is The Worst Day Of My Life" avec ses magnifiques chœurs dans la partie finale du morceau.


 


Arlo Parks - "My Soft Machine"

En 2021, Arlo Parks mettaient toutes les critiques d'accord avec l'étonnant "Collapsed In Sunbeams".

Vient l'exercice tant redouté du second album où il faut confirmer tout en se renouvelant.

Sur "My Soft Machine", la chanteuse a décidé de garder les mêmes recettes que pour son précédent album, à savoir un subtil mélange de soul, de trip-hop et de pop... et c'est tant mieux !

C'est en effet l'occasion de retrouver de belles ballades ("Purple Phase") et des chansons qui groovent ("Blades", "Weightless") dans des arrangements à la fois modernes et feutrés où la voix toute en fragilité de la chanteuse apporte une douceur particulière.

Un terrain connu fort agréable donc qui réserve néanmoins quelques surprises comme "Devotion", son riff de guitare et son final de guitares saturées.

Talent de Arlo Parks : confirmé !




Jain - "The Fool"

Après les rythmes africains de son premier (et excellent) album, Jain revient avec un disque en forme de déclaration d'amour à la musique de la fin des années 70.

Derrière une pochette très flower-power, le contenu s'avère finalement très moderne.

L'album alterne entre deux types de chansons : celles taillées pour la radio ("Night weights", "Take A Chance"...), pour la plupart des mélodies simples passées à l'inévitable sauce disco actuelle (Grrr), et celles où la chanteuse semble vouloir proposer autre chose : le pop "The Fool", "Maria" avec sa guitare acoustique et ses synthés années 80, le planant et truffé d'effets "To Other People", "Fallin" et ses arrangements au synthé.

On finit par zapper les premiers pour se concentrer sur les autres.

Dans l'ensemble la production est excellente et les arrangements, qui sentent bon les années 70 et 80, originaux pour de la pop origine France. Mais l'ensemble laisse un certain goût d'inachevé.




Daft Punk - "Random Access Memories - Edition 10ème Anniversaire"

10 ans déjà ! Il y a 10 ans, le raz-de-marée Daft Punk déferlait sur le monde entier avec "Random Access Memories" et son tube "Get Lucky" chanté par Pharell Williams.

Pour fêter ça, le groupe ressort l'album accompagné de 9 titres bonus inédits. Constitués principalement de démos et de versions de travail (il n'y a que deux morceaux réellement inédits dont l'excellent "Horizon" sorti sur la version japonaise de l'album en 2013), l'écoute de ces bonus permet de découvrir l'évolution et la genèse de certains titres (notamment les paroles de "Fragments of Time" qui se bâtissent au cours d'un long échange oral). Sans être indispensables, ces 9 inédits sont en tout cas suffisamment avancés pour être plaisants et intéressants à écouter.

Si l'album à l'époque avait conquis la planète, il avait aussi divisé les fans de la première heure. Finis le homework et les boîtes à rythmes, "Random Access Memories", dans un nouvel élan d’hommage à la musique des années 80, faisait la part belle aux musiciens et aux collaborations. Et quelles collaborations ! Nile Rodgers, Giorgio Moroder (pour une originale chanson-interview), Paul Williams (l'inoubliable Swan de du film "Phantom of The Paradise"), Julian Casablancas... Il y a du beau monde. Entre tubes devenus des classiques ("Get Lucky" et "Instant Crush" bien sûr) et chansons plus douces ("Game of Love"), le sommet de l'album est sans doute "Touch" et son apothéose finale.